Café-philo

avec

A. de MONTLEAU, O. ROSNAY et B. DURAND (MP78)


9 juillet 2001
" Sécurité et développement économique : regard sur l’Afrique du Sud"
(Mission de retour 2000)  "
 


Chat Noir, Paris 11

Compte-rendu

Aux premières lueurs de l’été 2001...

Au début de l’année 2001, trois Panglossiens (Béatrice Durand, Amaury de Montleau et Odile Rougé Rosnay) dans le cadre d’une Mission de Retour (2000), ont fait un rapport, - très bien d’ailleurs -, mais que, - tout comme moi -, vous n’avez pas lu faute de temps.

Thème d’investigation : la sécurité dans un pays ex-promesse de tous les avenirs, l’Afrique du Sud. Notons les avertissements de notre ministère des affaires étrangères avant le départ qui informe les Panglossiens voyageurs des risques inhérents à cette destination où ils ne furent pas «accueillis» mais véritablement encadrés par une représentation diplomatique fort efficace.

L’Afrique du Sud conserve de tout dans son coffre fort géologique sauf du pétrole et de l’eau en abondance. La richesse y est mal répartie - comme ailleurs ? - mais ce pays pragmatique - un mot à retenir - voit ses perspectives de croissance obérées par une violence endémique nuisible à l’arrivée de l’investissement étranger - qui reste un besoin fondamental. Combattre cette violence est indispensable à la croissance… Nos débats rappelèrent que nous avons à faire à un pays construit dans une tradition de violence ethnique, tribale bien antérieure à l’apartheid avec une récurrente tentation hégémonique du peuple zoulou. L’évolution de l’histoire - une colonisation multiple, la guerre des boers, le régime de l’Apartheid - ont inscrit ces rapports de violence dans l’histoire du pays. Résultat : 25 000 meurtres par an, 58 000 viols déclarés, une violence domestique inhérente au quotidien. Un climat - voire une image - qui firent fondre l’investissement étranger à 600 millions de dollars.

Que fait la police ? Celle-ci doit d’abord se faire reconnaître comme facteur de sécurité… en raison de l’image qui lui est associée depuis feu l’apartheid. Avoir confiance dans la police ne fait pas partie de la culture civique laissée par les tensions raciales, sociales et politiques du régime de l’apartheid. Une police d’abord divisée en plusieurs polices, non coordonnées, mal formées dont les cadres blancs ont fui vers les services de sécurité des entreprises privées. Une conscience du problème qui a conduit à une action visant à faire comprendre à la société sud-africaine majoritairement noire que «police» ne signifie pas «répression politique».

Un espoir : des initiatives telles que « Business Against Crime » qui associe le monde « privé » - la communauté d’affaires et quelques 1500 sociétés – à la lutte contre ce problème structurel. Une initiative parmi d’autres dans un pays qui a peut-être gardé de son histoire anglo-saxonne une réelle volonté de pragmatisme. L’industrie bancaire traite le problème des braquages de distributeurs et parvient à enregistrer une diminution de 25%. Un monde des affaires qui dans le cadre de micro-projets aborde la question de la délinquance par un travail avec les parents. Des actions au niveau « micro » inattendues… Une question au niveau macro : cela sera-t-il suffisant pour un pays qui semble curieusement handicapé par des infrastructures de qualité - notamment de télécommunications - favorisant ainsi le développement du crime organisé. L’Afrique du Sud a rendez-vous avec l’histoire pour être un modèle mais le temps lui est compté pour éviter une violence chaotique et générale qui réduirait à jamais cet espoir légitime.

Pour cette première notre objectif fut atteinte : nos experts n’eurent pas le monopole de l’expertise sur le devenir de l’Afrique du Sud et les participants avaient bien compris la règle du Café-Philo qui invite chacun à s’exprimer - avec passion, intérêt et sagesse - sur le sujet.

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rapport complet
 Contacts : Amaury de Montleau - Odile Rosnay - Béatrice Durand

Sur ce, le Chat Noir nous a souhaité un bel été dans l’attente de nous revoir pour discuter politique de prévention en matière de drogue à New-York.

Xavier DELVART (MP 1993)