Café-philo

avec

Monsieur Alain BOINET et Sylvie ROSSET

Directeur de l'Association Solidarités, membre du CA et du bureau directeur de Solidarités
Jeudi 12 décembre 2002
" Voyage humanitaire en Afghanistan, association Solidarités et engagement humanitaire  "
 
Alain Boinet, 54 ans, marié, 3 enfants, s’est engagé dans l’action humanitaire en 1980. Après un DESS à Paris II Défense, il a fondé Solidarités, association d’aide humanitaire internationale, dont il est maintenant le directeur.
Il a mené de nombreuses missions en France et à l'étranger, notamment avec Bernard Kouchner (Secrétaire d'Etat à l'action humanitaire) et Jean François Deniau.
De 1994 à 1995, il a été consultant permanent auprès du Ministre de l'Action Humanitaire.
De 1995 à 1996, il a suivi, en tant qu’auditeur, la 48e session de l'IHEDN.
Il est également membre du conseil d'administration de Bioforce.

Sylvie Rosset travaille actuellement dans le domaine de l’Epargne Entreprise à Crédit Lyonnais Asset Management. Elle s’est engagée dans l’action humanitaire d’abord en tant que bénévole à l’Afrane (Amitiés franco-afghanes) et lors de la création de la Coordination Humanitaire Européenne pour l’Afghanistan, pendant l’invasion soviétique. Elle fait actuellement partie du Conseil d’Administration et du Bureau directeur de Solidarités.

Solidarités
Avec en 2001 un budget de 12 M€, Solidarités intervient essentiellement auprès de populations victimes de guerres et de conflits armés, pour répondre à des besoins vitaux - manger, boire et s'abriter – via des programmes d'urgence puis de reconstruction.
Dans le respect des cultures, Solidarités met en œuvre ses programmes en unissant les compétences d’une cinquantaine de volontaires français expatriés à celles de près d’un millier d’employés et de cadres locaux.
Les équipes de Solidarités sont aujourd'hui présentes en Afghanistan, au Burundi, en République Démocratique du Congo ainsi qu’en Macédoine, en Albanie et en Serbie. Solidarités est également intervenue pendant 3 ans au Kosovo, 6 ans au Rwanda, 8 ans en Bosnie et 11 ans en Roumanie.

Au cours de ce diner, Alain Boinet nous a parlé de l'engagement humanitaire, en illustrant son propos par l'action de Solidarités, une ONG d'aide d'urgence, qui porte secours aux populations victimes de conflits, et dont la devise est : "Aller où les autres ne vont pas... Rester quand les autres s'en vont ". Sylvie Rosset a présenté son dernier voyage humanitaire en Afghanistan, accompagné de diapositives.
diaporama - index

Kootchi, Paris 5

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Compte-rendu

DEROULEMENT DU CAFE-PHILO

La soirée s’est déroulée dans un petit restaurant Afghan, le Koutchi, qui nous a fait découvrir le délice de la nourriture Afghane à Paris…

Au début de ce dîner, Alain Boinet nous a présenté l'engagement humanitaire de l’association solidarités, dont il est le fondateur. Puis Sylvie Rosset, nous a présenté son dernier voyage humanitaire en Afghanistan, accompagnant son propos de diapositives, permettant de faire connaissance ou de redécouvrir un pays à la géographie surprenante. En effet, l’Afghanistan est traversé par une grande chaîne montagneuse. Le contraste est frappant entre certaines zones fertiles, souvent accolées à des montagnes hostiles. C'est donc une lutte permanente contre une nature impitoyable qui se joue dans ce pays. Sa géographie rend les communications extrêmement difficiles à l'intérieur même du pays. Les régions sont donc très isolées les unes des autres, conservant chacune leur spécificité. S’il ne pleut pas souvent, l'eau peut devenir destructrice, provoquant des crues désastreuses pour les récoltes, avec tous les problèmes d'hygiène que cela sous-tend pour les populations. Le pays, qui a subi des influences multiples au travers d'invasions successives, compte aujourd'hui une douzaine d'ethnies, dont 40% sont d’origine Pachtoune. Mais beaucoup d’invasions ont eu lieu de populations Mongoles, de Grecs ou d’Indiens. Du fait de l’isolation des différentes régions, chacune a gardé une spécificité de langage et de religion.

L’Afghanistan a une grande valeur de symbole pour l'association. En effet, son invasion par les soviétiques en Décembre 1979, fut le prélude à la naissance en 1980, de ce qui allait devenir Solidarités, association d'aide humanitaire internationale.

En 20 ans, les conditions de l'aide humanitaire ont considérablement changé, du fait d'une évolution des relations internationales mais aussi des mentalités. Il n'y avait, à l'origine, aucune aide institutionnelle : les actions humanitaires consistaient à se rendre à l'intérieur d'un pays jugé en situation d'urgence, en sac à dos, de manière clandestine et au péril de sa vie. C'est ce qu'on a appelé "l'aventure utile", relayée en France par un objectif d'information du mouvement associatif naissant auprès de l'opinion.

PRESENTATION DE L’ASSOCIATION SOLIDARITES

Depuis Janvier 2002, tout a changé en Afghanistan, et pourtant rien n’est acquis. C’est dans ce contexte que l’association solidarités, Association d’aide humanitaire internationale, active dans ce pays depuis 1980, met en œuvre de nombreux programmes d’aide d’urgence et de réhabilitation rurale avec une équipe de 25 volontaires, 583 Afghans et ce à partir de huit bases, à Kaboul, dans le centre ou le nord du pays. Cette association a centrée son action sur la couverture des besoins vitaux, à savoir manger, boire et s’abriter, prenant en charge des programmes d’urgence, mais aussi de reconstruction, allant par exemple de la distribution d’aide alimentaire de base, à des programmes nutritionnels ou de soutien agricole très ciblés, comme l’aménagement de sources d’eau potable ou la reconstruction d’habitations et d’infrastructures publiques.

Les équipes de solidarités sont aujourd’hui présentes en Afghanistan, en Angola, au Burundi, en République démocratique du Congo et en Serbie. Elle est aussi présente pendant trois ans au Kosovo, 6 ans au Rwanda, 8 ans en Bosnie et 11 ans en Roumanie. Elle fonctionne avec 22 permanents au siège, 60 volontaires sur le terrain et près d'un millier d'employés et de cadres locaux sur place.

En 2001, le budget de l’association était de 12 Millions d’Euros, 90% étant issus du gouvernement et de l’ONU, et les 10% restant issus de donateurs privés.

L'Association se prépare aujourd'hui à envoyer une mission en Côte d'Ivoire. D'autres projets sont actuellement en cours.

Les volontaires signent un contrat d'engagement pour un an.

REPERES ET STATISTIQUES
  • A l'origine de la naissance de l'Association
A ses origines, l’aide sans frontière s’est faite clandestinement, sans l'accord des autorités, pour répondre à des situations d'urgence. Ce fut le cas de l'Afghanistan, les moyens et les effectifs étaient très limités et où les volontaires sont entrés dans le pays clandestinement, avec des costumes afghans.

L'Afghanistan occupe le 170ème rang sur 174 pays selon l'indicateur de développement humain établi par le programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) en 1995. C'est donc l'un des pays les plus pauvres du monde. A partir de 1979, il est victime d'une guerre qui le plonge dans un état d'extrême pauvreté. Le sentiment général face à la situation de l'Afghanistan semble alors plutôt fataliste : l'Armée Rouge n'a en effet jamais reculée. Le pays serait-il ainsi condamné à cet état de pauvreté extrême et de victime de guerres? Mais Solidarités a décidé d'agir, même si la situation semblait perdue. Mais quelque soit la situation, le mouvement sans frontières se devait d’agir malgré les risques liés à la guerre, car il est question de vies humaines avant tout.

L'objectif de Solidarités est de répondre quotidiennement à des besoins vitaux, à savoir boire, manger, s'abriter, assainir… et quand cela est possible, passer à la reconstruction. Il n'y a plus actuellement de situation de famine en Afghanistan, mais il y a des problèmes de malnutrition qui font qu'un enfant sur quatre ne survivra pas, après l’âge de cinq ans. Elle prend en charge des programmes qui vont par exemple de la distribution d'aide alimentaire de base jusqu'à des programmes nutritionnels ou de soutien agricole très ciblés, l'objectif étant d'accompagner des populations dans un moment douloureux de leur histoire et de les aider à passer de la dépendance à l'autosuffisance. Des années de guerre et une nature souvent impitoyable ont mis à mal le pays. D'où l'ampleur de la tâche et la variétés de projets engagés par l'association depuis 1980 : mise en place de bains de désinfection, aménagement de sources d'eau potable, fourniture de bâches plastiques au profit de populations déplacées, mais aussi de vastes programmes de reconstruction de réseaux d'adduction, d'habitations, de bâtiments et d'infrastructures publics. Dans chacune des démarches entreprises par l'association, s'inscrit en permanence la dimension humaine. Par son action, l'association veut se montrer "solidaire du malheur des autres" : répondre à des besoins vitaux d'êtres humains. Son action se veut basée sur l’importance et l'urgence de la reconstruction.
  • L'action de Solidarités pendant le durcissement de l'ère talibane
Les membres de Solidarités présents sur place ont assisté à la prise de Kaboul en septembre 1996. Ils ont décidé de rester et de poursuivre leur action dans le domaine de l'eau et de l'assainissement. Les principaux problèmes qu'ils ont rencontrés à Kaboul portaient sur le statut des femmes et sur l'accès aux soins. Les femmes se sont vues frappées par l'interdiction de travailler; or, nombre d'entre elles travaillaient pour les associations humanitaires. De même, les talibans ont décidé de séparer les hôpitaux pour hommes de ceux pour les femmes. Ces problèmes ont donc multiplié les tensions entre les associations et talibans.

Si les règles imposées par les talibans étaient respectées au sein de la population, il leur était beaucoup plus difficile avec les humanitaires. Et l'hospitalité étant une qualité naturelle chez l'afghan, qui manifeste à l'égard de l'étranger un profond respect, ce durcissement excessif des Talibans les mettait en porte à faux vis-à-vis de la communauté étrangère très présente sur place.

En 1998, 38 associations sont expulsées de Kaboul. Solidarités n'y est jamais retournée. Ils s'installent à Bamyan. La situation s'est ensuite considérablement dégradée du fait de l'intensification des combats et surtout de l'interdiction d'accès imposée par les talibans après la destruction des boudhas de Bamyan en mars 2001. Les zones de guerre, jusqu'alors ouvertes à l'aide humanitaire, sont désormais interdites. L'association redéploie alors ses équipes et ses moyens à partir de la ville de Mazar-i-Sharif, au nord du pays.

Les événements vont ensuite se succéder jusqu'à la mort du Commandant Massoud, le 9 septembre 2001, suivie des attentats du 11 septembre aux Etats-Unis.

Oussama Ben Laden avait une très forte influence sur le régime afghan, allant ainsi à l'encontre de l'indépendance naturelle de ce peuple. Plus le régime taliban était isolé et plus l'influence de Ben Laden était importante en raison de ses moyens financiers considérables. Le 11 septembre n'était pas une guerre décidée ou voulue par les afghans. Ils ont été utilisés sans savoir à quoi cela allait servir.

Aujourd'hui, en dehors de Kaboul, ce sont les chefs locaux et régionaux qui commandent au sein de chaque région. L'Etat central est faible. C'est là une situation qui est somme toute traditionnelle au pays. Les chefs locaux (même s'ils sont pour la plupart des chefs de guerre) ont acquis au fil des années une réelle légitimité qui fait obstacle au pouvoir central. Rien n'est donc acquis et si tout aujourd'hui a changé, il reste à mettre en place un système politique qui puisse fonctionner à l'échelle du pays. Après le communisme et la dictature talibane, l'Afghanistan doit faire son propre apprentissage du pouvoir. Mais la tâche est lourde, le pays vivant toujours sous la constitution de 1964. Envisager des élections nécessite au préalable d'organiser un recensement de la population, et ce, dans un pays où les communications sont extrêmement difficiles en raison du relief et de l'absence d'infrastructures technologiques. Les régions sont totalement isolées les unes des autres et toute démarche à l'échelle nationale, implique l'accord préalable du chef local. La reconstruction devra ainsi participer à la réalisation du processus politique.

CONCLUSION

Tous les pays dans lesquels Solidarités intervient sont victimes de guerres civiles. Avant toute chose, les populations doivent comprendre que les engagés humanitaires sont là pour aider ceux qui ont besoin d'être aidé, et ce sans distinction ethnique ou religieuse. A partir du moment où cela devient acquis, les parties prenantes qui s'affrontent localement laissent faire et ne font pas entrave à l'aide humanitaire déployée. Il reste cependant des endroits où la situation est telle qu'il n'y a plus du tout d'espace humanitaire. Et là se trouve un réel danger. L'espace humanitaire est une donnée fondamentale. Au préalable de toute action humanitaire, il est impératif que chaque partie présente dans le conflit national comprenne que les ONG font de l'aide humanitaire. Ils doivent avoir en tête que l'état de guerre implique des besoins d'ordre vital au sein des populations quelle que soit leur sensibilité religieuse, ethnique ou politique. Ceci acquis, ils laisseront passer. La sauvegarde d'un espace humanitaire est donc le fondement de toute action. Sans cet espace impartial et libre, plus rien n'est alors possible.

Des problèmes demeurent néanmoins et représentent un frein important à l'action de l'association sur le terrain. Ainsi, il y a manque de savoirs techniques au niveau du siège (nutritionnistes, hydrologistes etc..), des décalages de paiement lorsqu'il est décidé que l'action sur place n'est plus une action d'urgence mais une action de développement par exemple : le temps que les fonds soient réellement débloqués, la mission sur place ne s'interrompt pas pour autant. Il y a donc un décalage entre le terrain et la base.

L'association est maintenant à la recherche de partenariats privés et industriels pour se faire davantage connaître et élargir ses fonds. Alors, il serait peut-être intéressant d’envisager pour l’association solidarités des partenariats avec des clubs de réflexion et d'échange, comme le Club Pangloss par exemple, dans un souci d'information et d’ouverture sur l'urgence humanitaire et les besoins qu'elle implique ? Il y a en effet, beaucoup à faire pour faire évoluer les choses et pour que les mentalités se modifient.
Emmanuelle MOLLET &  Perrine de CALONNE