DINER-DEBAT

avec

Monsieur Marc JOUAN

Directeur international du réseau des Instituts Pasteur
Vendredi 6 mars 2015
" Le rôle du réseau des Instituts Pasteur face aux grands défis de santé internationaux "
 
L'épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest a mis en lumière la vulnérabilité des systèmes de santé et de surveillance des maladies infectieuses et la nécessité de déployer de nouveaux modèles internationaux de coopération scientifique. Quels rôles l'Institut Pasteur et le réseau international des Instituts Pasteur peuvent-ils jouer face aux grands défis de santé internationaux, qu'il s'agisse des maladies infectieuses ou des maladies dynamiques, nouveaux fléaux du XXIe siècle ?

Marc Jouan est directeur international du réseau international des Instituts Pasteur. Diplômé de la faculté de médecine de Nantes en 1995, spécialiste en maladies infectieuses et médecine interne, Marc Jouan a travaillé en Chine, aux USA et en France. Il a conduit des travaux en recherche clinique sur le sida et les infections opportunistes, poursuivis lors de sa mission au sein de l'hôpital universitaire de la Pitié-Salpêtrière à Paris. En 1999, Marc Jouan a rejoint l'Institut Pasteur comme conseiller médical du Centre de référence pour la tuberculose. En 2002, il est nommé secrétaire général du réseau international des Instituts Pasteur.

Son expérience internationale et son expertise dans le domaine des maladies infectieuses permettent à Marc Jouan de siéger au sein de comités de direction et de comités d'éthique pour les contrats européens. Il est l'auteur de plusieurs articles et chapitres de livres publiés sur la tuberculose et les principales maladies infectieuses. En janvier 2015, Marc Jouan est nommé directeur du réseau international des Instituts Pasteur.

Institut Pasteur, Paris 15

Compte-rendu

L’Institut Pasteur porte des missions multiples : recherche sur les maladies infectieuses depuis sa fondation en 1888, formation des chercheurs depuis 1889 (on compte 60 nationalités à l’Institut et on estime qu’il faut 10 ans pour former un chercheur), et une mission d’expansion à l’international qui débuta dès 1891. Les thèmes de recherche ont depuis évolué, tout en gardant les objectifs initiaux, pour intégrer toutes les facettes interdisciplinaires de la recherche moderne en biologie.

Le premier Institut Pasteur à l’étranger fut fondé par Albert Calmette en 1890 à Saïgon (Ho Chi Minh Ville), puis fusionné avec celui de Nhatrang (1895) en 1905, et suivi par d’autres principalement dans les ex-colonies françaises et en zone francophone, même si de nos jours certains de ces pays comme le Vietnam parlent davantage en anglais dans les échanges internationaux. Les créations se poursuivent en Afrique, d'abord au Maghreb, à Tunis en 1893, Alger en 1894, Tanger en 1910 et Casablanca en 1929. Progressivement, de nouveaux instituts voient le jour à Madagascar (1898) et à Dakar (1923) pour faire face à la fièvre jaune, au paludisme, à la maladie du sommeil et à la lèpre, qui sévissent en Afrique.

Après 1950, des colonies devenues indépendantes ont cherché à garder un lien avec la France en créant leur Institut (Cambodge en 1953, Côte d’Ivoire en 1972). Puis sont arrivés en 2004 les pays émergents comme la Chine, Hong-Kong et la Corée du Sud, puis l’Uruguay (2006). Plus récemment, le Laos, entouré de pays dotés d’Instituts Pasteur, a souhaité en ouvrir un également en 2012, qui fut le 32ème au monde.

Avant 1972, tous les Instituts Pasteur étaient isolés et sans véritable lien entre eux ; seules les relations avec l’Institut Pasteur à Paris s'établissaient. A partir de cette date, sous l’impulsion de Jacques Monod, la création du Conseil des Directeurs des Instituts Pasteur jette les bases de l’actuel réseau international. Au total 20 000 personnes travaillent dans les Instituts Pasteur, dont seulement 60 expatriés français.

Les programmes nationaux répondent aux besoins locaux. Ainsi le Vietnam est confronté à la montée des cancers en raison d’une agriculture intensive associée à une mauvaise gestion des effluents et des produits phytosanitaires. Les maladies liées à l’environnent comme le cancer ou le diabète, bien connues dans les pays riches, préoccupent maintenant aussi les pays en voie de développement.

Le besoin de recherche et de réactivité est toujours grand face aux épidémies qui se répandent vite en raison des déplacements des marchandises et des personnes : SARS, grippe aviaire, et, plus récemment le virus Ebola. Ce virus était cantonné, lors des épidémies antérieures, aux habitants des forêts, qui manipulaient du gibier infecté. Mais avec les déplacements internes puis internationaux, la maladie très contagieuse s’est diffusée. En mars 2014, l’épidémie est partie de la Guinée forestière, puis s’est étendue aux pays voisins, le Libéria et la Sierra Leone, atteignant des zones urbanisées. Le virus a ensuite été transmis par voie aérienne au Nigéria et par voie routière au Sénégal. Aujourd’hui, on peut dire que l’épidémie est sous contrôle, mais pas jugulée. A la demande des autorités guinéennes, l’Institut a installé un laboratoire mobile en Guinée forestière. Pour prolonger cette action d’urgence dans la continuité, il a été conjointement décidé qu’un nouvel Institut Pasteur devrait ouvrir en Guinée à Conakry fin 2016 1.

Le débat s’est engagé tant sur la dimension internationale de l’Institut Pasteur que sur son mode de fonctionnement actuel. Des questions ont porté sur son financement. Pasteur est une fondation privée reconnue d’utilité publique. Ses ressources sont diversifiées : revenus sur des brevets lors de la commercialisation de médicaments, de diagnostics et de vaccins issus de ses recherches, dons, mécénats et legs, contrats de recherche publics (nationaux, européens et internationaux) et privés (industriels et fondations). En outre 20% du budget total est couvert par une subvention du Ministère de la recherche. L’Institut parvient aujourd’hui à lever des fonds auprès de fondations américaines, suisses et en Chine.

Q/ Quels sont les échanges avec le privé ?
- Pasteur a noué de nombreuses collaborations industrielles. Parmi celles-ci, on peut noter celles avec Sanofi et avec Biomérieux. Des partenariats existent également avec GlaxoSmithKline (GSK) et BioRad.

Q/ Quels sont les centres de recherche médicale équivalents dans d’autres pays ?
- On peut citer l'Institut Max Planck de recherche médicale (Max-Planck-Institut für medizinische Forschung) situé à Heidelberg dans le Land de Bade-Wurtemberg en Allemagne. Créé en 1930 dans le cadre de la société Kaiser-Wilhelm, il a rejoint la société Max-Planck en 1948. Aux États-Unis, les centres pour le contrôle et la prévention des maladies (Centers for Disease Control and Prevention, CDC) assurent la prévention contre les maladies infectieuses.

Les maladies sexuellement transmissibles sont aussi au cœur des recherches qui ont déclenché l’obtention du Prix Nobel de médecine par F. Barré-Sinoussi et L. Montagnier pour la découverte du SIDA. Pour aider les pays en développement à disposer de soins, un fond international d’aide a été créé en 2001. Il contribue également à la lutte contre le paludisme et la tuberculose. On estime qu’un milliard de personnes sont atteintes de la tuberculose. La bactérie peut être dormante et on ne sait pas identifier les porteurs sains facilement. En ce qui concerne le paludisme, le parasite s’est adapté et résiste aux traitements usuels. Ces maladies restent des menaces majeures dans le monde globalisé du XXIème siècle et entravent durablement le développement économique de nombreux pays. Aujourd’hui, plus que jamais, le réseau des Instituts Pasteur continue l’œuvre initiale, associant recherche au plus haut niveau et réponse aux enjeux de santé publique mondiale.
Pierre-Yves Landouer (MP 1984) et Pierre Legrain (MP 1981)
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http://www.pasteur.fr/fr/institut-pasteur/presse/fiches-info/ebola