DINER-DEBAT

avec

Monsieur Yves LICHTENBERGER

Président du Pôle de recherche et d’enseignement supérieur (PRES) " Université Paris - Est "
Jeudi 29 janvier 2009
" L’autonomie des universités, un atout pour s’imposer dans la compétition internationale, à quelles conditions ? "
 
Yves Lichtenberger, philosophe et économiste de formation, professeur des universités, titulaire d’une chaire de sociologie à l’université de Marne-la-vallée est depuis 2002 le président de cette université, aujourd’hui fusionnée dans le PRES « université Paris – Est ». De 1971 à 1984, il a été secrétaire national de la fédération des services, membre du bureau national de la CFDT. Nommé chef de département « hommes, travail et technologies » au Ministère de la recherche en 1984, il est devenu en 1989 Directeur du CEREQ, Etablissement public chargé d’étudier les relations entre les formations et les emplois.

A compter de 1994, il exerce comme professeur de sociologie à l’université de Marne-la-vallée et comme chercheur au laboratoire Techniques, Territoires et Sociétés, UMR associée au CNRS. Il est notamment à cette période, expert auprès du Commissariat Général au Plan et président de la commission d'évaluation du CNFPTLV (Conseil national de la formation professionnelle tout au long de la vie).

Ses fonctions actuelles de président d’université, membre du comité permanent de la Commission des Présidents d’Université, chargé notamment de la Cellule d'appui à la mise en œuvre de la LRU (Loi Liberté-responsabilité des universités) lui donne un regard particulièrement autorisé sur les bénéfices à attendre, les embûches à éviter et les risques à courir de la profonde réforme en cours des universités, précédée il y a quelques années de la réorganisation des diplômes de l’enseignement supérieur (le fameux « LMD »).Yves Lichtenberger nous parlera de la reconfiguration du paysage universités, écoles, organismes de recherche, de la question de leur moyens financiers et d’existence, de leur modes d’évaluation sur la scène française et internationale (quel place face à l’autre géant parisien Paris Tech issu de la fusion des grandes écoles). Rénovation des pédagogies, et défi de la reconnaissance des qualifications et de l’insertion professionnelle, sont des sujets tout aussi brûlants pour lesquels il répondra volontiers à vos questions.

Ce dîner-débat s'inscrit dans la série de manifestations organisées par le Club Pangloss sur le thème de la MP2008: manager la recherche et l'innovation pour améliorer la compétitivité.

Cercle Militaire, Paris 8

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Compte-rendu

Ce dîner-débat s’est tenu en présence des panglossiens qui avaient tenu à braver les aléas de la grève programmée ce jour, dont Laurence Bancel-Charansol, vice-présidente de l'université de Paris-Est.

Le PRES Paris Est regroupe l’université de Paris Est, l’Ecole Nationale des Ponts et Chaussées, le Laboratoire Central des Ponts et Chaussées, une école supérieure d’ingénieurs (ESIEE), le laboratoire ville et mobilité durables, l’Institut National de Recherches et d'Etudes sur les Transports et leur Sécurité, et une école d’architecture. Les propos d'Yves Lichtenberger nous éclairent sur la question actuelle de l’autonomie des universités, avec une interrogation sur les conditions pour que cette autonomie devienne un atout pour s’imposer dans la compétition internationale.

Impact de la loi LRU (Liberté et Responsabilité des Universités)

En 2007 a été promulguée la loi LRU. Elle oppose dynamisme et lourdeur du secteur public. L’université est ainsi un des secteurs les plus actifs de la modernisation de la fonction publique. On a voulu « donner un grand coup de pieds dans la fourmilière » mais c’est aussi un des actes complétant un paysage souhaité par les universités elles-mêmes. Le texte a été préparé par la conférence des présidents d'université. Il s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de la LOLF (Loi Organique de la Loi de Finance). C’est un changement de perspective de la fonction publique et des pratiques comptables.

La LOLF, oblige à rendre compte au premier euro de l’utilisation et de la finalité des actions. Cela entraîne la mis en place de programmes d’action et change de l’observation pure des règles. Il faut mettre en place des indicateurs de réussite liés à l’atteinte des objectifs, qui conditionnent les budgets futurs, d’où une contractualisation avec le Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche et la primauté de la mission sur la règle.

La réorganisation du paysage de l’enseignement supérieur et de la recherche date de la loi Goulard de 2006 avec les trois axes suivants :
- la formation et la définition des objectifs (rôle du CoNRS – Comité national de la recherche scientifique – et des agences nationales de la recherche (ANR)),
- la programmation,
- la production de formation.

Les organismes de recherche doivent choisir entre être opérateurs ou agence de moyen, l’évaluation dans le cadre de la LOLF permet l’attribution des moyens.

La reconfiguration des PRES date de 2006, avec l’alliance entre l’université de Marne-la-Vallée, l’Ecole Nationale des Ponts et Chaussées, et des organismes de recherche.

Paris Tech est un réseau de nature différente (modèle du MIT, différent du modèle universitaire). Les PRES sont responsables de la qualité des doctorants et Paris Est délivre le diplôme de docteur.

La loi LRU couvre les fonctions politique, stratégique et opérationnelle à l’intérieur des universités. Le président d'un PRES est porteur d’une stratégie. Il définit le système d’allocation de ressources et en garantit la transparence. Le PRES est un système de gouvernance.

Le LMD – cycle licence, master, doctorat

En 2000-2004, la formation LMD (Licence, mastère, doctorat) a été mise en place avec une réorganisation des formations autour de ces trois niveaux. Cela facilite la mobilité des étudiants entr pays, et a été accompagné par la création des IUP (Institut Universitaires Professionnalisés) pour délivrer des diplômes d’ingénieurs maîtres.

Les IUT conduiront jusqu’au niveau licence, ce qui correspond mieux à la réalité du marché du travail et donne ainsi une pleine valeur aux diplômes de licence et de maîtrise. L’université permet ensuite de poursuivre au niveau DESS et DEA. Le cycle 3-5-8 est supérieur au cycle ancien 2-4 (DEUG-maîtrise). On joue sur le niveau de remplissage des connaissance, mais aussi sur le niveau de responsabilité (compétence acquise) et la licence devient une formation supérieure au BTS. Le master doit apporter des capacités d’encadrement, de reformulation et d’autoformation. Le processus de Bologne conduit ainsi à un accord européen sur les niveaux de formation. C’est un changement culturel d’ampleur.

Université – Grandes Ecoles

L’écart entre les financements accordés aux universités et aux Grandes Ecoles est de 1 à 10 au maximum. Le modèle rencontre des difficultés de deux ordres : raisonnement et efficience. On a le meilleur niveau mondial des organismes de recherche français, mais à un prix considérable, et le rapport à l’argent investit est faible. Les organismes de recherche non généralistes sont au coût des Grandes Ecoles et le modèle n’est pas généralisable. Le modèle de sélection se durcit, car il y a beaucoup plus de bacheliers et la sélection sociale est aussi durcie. L’Ecole Nationale des Ponts et Chaussées recrutait autrefois dans les classes préparatoires d'une vingtaine de lycées, aujourd’hui cela se limite à dix. La sélection actuelle se fait à l’entrée au lycée, en sortie de troisième, et cela contribue à un appauvrissement social des élites et à un effet d’entraînement. On juge plus la rapidité que la capacité d’innovation. La capacité à utiliser la connaissance devrait être plus importante que la connaissance elle-même. On entre dans une société de l’innovation et celle-ci devient une vertu cardinale.

L’université facteur de changement

La société de la connaissance entraîne la production de la connaissance. Dans les années 1990-2000, l’organisation de la recherche et les investissements se font dans les écoles. Les effectifs des Grandes Ecoles doublent et leur nombre triple. Pour faire face au risque d’échec du processus, on assiste à un maillage des écoles et des universités. Il y a une grande différence entre les classes prépratoires (savoir figé) et les universités (savoir en formation). L’université apporte ainsi une ressource précieuse.

Les étudiants de classe préparatoire ont l'avantage de bien parler anglais, de savoir se vendre et d'avoir le sens de la hiérarchie. Pour les étudiants universitaires, c’est l’inverse, mais ils sont souvent moteur des groupes. L’accent est mis non sur la capacité à exécuter, mais sur celle de faire évoluer les organisations. Ainsi l’universitaire apporte plus, le curseur se déplace. Ceci est inclus dans la confrontation à la recherche. L’Université est alors un des leviers de la diffusion. Aujourd’hui, toutes les écoles ont fait un enjeu important de l’évolution des universités.

La réflexion sur le modèle international conduit à analyser :
- la caractéristique de fond du système universitaire en recomposition
- le lien enseignement/recherche
- l’ensemble et la gouvernance omni-disciplinaire
- les chartes de territoire

Le résultat de la recherche importe moins que la pratique de la recherche, associé à la validation des acquis de l’expérience. Trois voies de formation sont donc possibles : la voie scolaire classique, l’apprentissage, la validation des acquis de l’expérience.

Mi-janvier, le milieu enseignant ne suit pas dans la contestation. Le LMD n’est pas une loi, mais en contradiction avec la loi. En deux ans, toutes les universités ont revu leur offre de formation. Le rôle du classement de Shangaï est important comme déclencheur et pour l'évaluation. On note cependant un malaise de l’enseignement secondaire. Le désarroi gagne les cycles universitaires et entraîne une perte de goût du métier d’enseignant. Le LMD vise à redonner de la fierté au métier et à faire que les étudiant trouvent du travail.

Université et entreprise

Pour Yves Lichtenberger, le levier est l’insertion professionnelle (IUT, licence Pro, IUP). Avec le Medef, il a lancé l’opération Phénix, mais l’apprentissage est lent. Il vise une montée progressive de la diversification de l’origine sociale des cadres de demain, pour une meilleure gestion des ressources. Dans le rapport université entreprise, l’université doit assurer la formation professionnelle (formation en alternance). Mais elle a besoin de ressources supplémentaires. 10 % des étudiants sont sous contrat. Le lien avec les entreprises existe de longue date. Mais ce n’est pas le cas pour les Universités Intra-muros. Pour les entreprises, la liaison est opportuniste. Il n’y a pas de relations durables ni de fondation partenariale. Cela s’améliore, avec le développement des formations d’excellence (chaires d’entreprises) et l’importance du développement du territoire.

Les enjeux sont :
- la territorialisation (aspect local avec un vice-président du Conseil Général en charge de l’enseignement et de la recherche),
- une école doctorale par département,
- pôlarisation et intégration des écoles (l'école vétérinaire et l'Institut de Géographie National doivent rejoindre le PRES Paris Est, exemple de Toulouse).

Le problème est le calibrage des diplômes des Universités, afin d’assurer un niveau de sécurité à la sortie ; La sélection en première année est aussi un enjeu, avec des filières différentes selon les étudiants. L’université répond via la rencontre avec les Grandes Ecoles pour stimuler l’innovation (Ecoles doctorales).
Frédéric Leguay (MP 2008)