DINER-DEBAT

avec

Monsieur Yves MENY

Ancien Président de l’Institut Universitaire Européen de Florence
Mercredi 20 octobre 2010
" Enseignement Supérieur, le défi de la globalisation  "
 
Yves MENY (MP 1975), né en 1943, est agrégé de Droit Public et de Sciences Politiques. Nommé professeur à Rennes en 1974, puis Fellow de l’Université Cornell en 1978-79, il est élu professeur pour 5 ans par l’Institut Universitaire Européen de Florence (seul centre de formation doctorale et post-doctorale européen en sciences sociales). A son retour en France, il est recruté par Paris II puis par Sciences-Po où il enseigne en maîtrise et doctorat. En 1996, il est à nouveau sollicité par l’IUE pour mettre en place un centre de recherches sur les questions européennes. Financé principalement par des ressources externes (contrats, fund-raising), le centre, initié modestement avec 3 personnes, compte aujourd’hui 150 fellows, assistants, professeurs et personnel de recherche.
En 2002, il a été élu Président de l’IUE et a achevé son mandat le 31 décembre 2009. Ses travaux ont porté sur l’analyse comparée des démocraties occidentales, les politiques publiques, la décentralisa-tion et le fédéralisme, la corruption et plus récemment sur le développement du populisme en Europe. Il parlera de l’enseignement supérieur et de la recherche en France face au défi de la globalisation.

Le classement controversé de Shanghai place la France en position médiocre de nouveau en 2010 et certains s’étonnent déjà de ce résultat en dépit des efforts accomplis depuis 2-3 ans. A part la naïveté consistant à penser que des résultats peuvent être obtenus à court terme, on peut s’interroger sur la qualité du diagnostic et des solutions qui caractérisent les réformes en cours. Le système français, unique en son genre se distingue par une « trinité » que l’on ne retrouve nulle part ailleurs :
- L’Université où les professeurs sont censés être enseignants chercheurs et dont l’accès constitue une sorte de droit fondamental équivalent à ceux garantis par la Constitution…
- Le CNRS, dont les seuls équivalents se trouvent dans les Académies des anciens systèmes socialistes…
- Les Grandes Ecoles enfin, hyper sélectives et chargées de la sélection des élites françaises, mais de nouveau sans équivalent à l’étranger.
Cette spécificité française peut-elle survivre alors que les réformes en cours ne touchent pratiquement pas à cette armature héritée de l’histoire ? La présentation et le débat examineront cette question à la lumière de la globalisation du monde de l’enseignement et de la recherche.

Cercle Militaire, Paris 8

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Compte-rendu

En introduction, le président du Club, après avoir rappelé l’importance du sujet pour notre société qui doit investir sur la jeunesse, a rappelé la brillante carrière d’Yves Meny qui l’a conduit de sa Bretagne natale, à Paris où il a été professeur, puis à l’université Cornell aux Etats-Unis et à Florence, ville dans laquelle il a été professeur avant d’être rappelé pour présider de 2002 à fin 2009 l’Institut Universitaire Européen. A ce titre il est particulièrement désigné pour apprécier l’enjeu de la globalisation pour l’enseignement supérieur français, face à des concurrents qu’il connaît bien mieux que nombre de français. Il rappelle également la richesse de ses productions, dont l'une (1) est déjà à sa sixième édition, ce qui montre bien qu’il s’agit d’un incontournable...

La globalisation de l’enseignement supérieur

La globalisation pour les universités a d’abord consisté à répondre à la demande de jeunes étudiants des anciennes colonies de venir étudier dans les pays développés et plus récemment à la demande de jeunes des pays développés allant dans les métropoles d’autres pays développés, notamment les Etats-Unis.

Le 11 septembre ayant freiné les arrivées aux Etats-Unis, les universités anglaises et américaines ont créé des filiales à l’étranger pour continuer à attirer les jeunes. Ainsi la New York University s’est installée à Abu Dhabi, y implantant une véritable cathédrale dans le désert. D’autres pays anglophones ont essayé de tirer profit de la situation, comme par exemple l’Australie qui a créé un véritable hub universitaire destiné aux étudiants asiatiques, notamment chinois et taïwanais, mais c’est également le cas des universités anglaises et irlandaises qui ont vu tout l’intérêt de récupérer des droits d'inscription pour se développer. La place de la France dans ce marché est plutôt restreinte.

Un deuxième aspect de la globalisation concerne le marché des chercheurs et professeurs. C’est un marché mondial, notamment pour les " ténors " surtout au moment des évaluations des universités, en particulier dans les disciplines scientifiques et en économie, mais pas pour l’histoire qui reste profondément marquée par son caractère national dans quasiment tous les pays.

Plus profondément, la globalisation concerne le marché des post-doc qui cherchent des bourses d’un an. La stratégie américaine pour attirer ces post-doc qui sont peu rémunérés est de leur offrir de très bonnes conditions de travail, et de s’occuper des conjoints et des enfants. Ainsi aux Etats-Unis, chaque année sont diplômés 40 000 docteurs mais 60 000 pos-doc du fait des étudiants étrangers. Ces post-doc constituent des équipes particulièrement brillantes encadrées par un patron à peine plus âgé.

La place de la France dans ce marché – très concurrentiel qu’on le veuille ou non - est particulièrement modeste pour des raisons liées à l’origine des universités.

Le système français face aux autres systèmes

Les universités françaises sont nées d’une tradition ecclésiale, religieuse. Elles visent à la transmission, sans réelle contestation, du savoir et l’étudiant y a donc un rôle passif. A l’inverse dans la tradition britannique, l’université est élitiste mais " tutoriale ". On fait lire l’étudiant, on l’amène à réfléchir. On répond à une question par une autre question !!!

Traditionnellement les universités continentales ne font pas de recherche. En 1810, Humbolt a remis en cause cette séparation en Allemagne. Aujourd’hui cette fusion enseignement/recherche y est adoptée.

Quant au système français, c’est une faillite depuis ses origines. Ainsi François Ier doit créer le Collège de France car les universités n’acceptent pas l’Humanisme, de même les Grandes Ecoles sont créées car les universités ne répondent pas aux besoins de l’Etat, enfin l’Ecole Centrale est née d’une initiative privée. Tous ces exemples font clairement apparaître les carences du système français.

De plus l’université française ne promeut pas la recherche, notamment dans les domaines scientifiques, ce qui amène à la création en 1930 du CNRS. En conséquence, le système français repose sur un trépied :
- la recherche est le domaine du CNRS ;
- la formation des élites est confiée aux Grandes Ecoles, dans une optique malthusienne, mais efficace ;
- la formation des autres étudiants relève des universités, avec son lot de carences : médiocrité des recrutements, échec d’un étudiant sur deux à aller au-delà de la deuxième année, gâchis financier.

Les universités sont gérées sans réelle tutelle. On y rencontre beaucoup de personnes excellentes mais l’institution est médiocre. Si le coût d’un étudiant français n’est que de 7 000 € au lieu de 11 000 € en Europe, le système ne produit pas de " bons diplômés ".

En conséquence, la situation française se caractérise par une université en échec et des Grandes Ecoles mal orientées pour la globalisation. A titre d’anecdote, il est symptomatique que sur le site de l’X, on sépare les étudiants étrangers des français !!!

Nous pouvons donc dire que nous sommes " mal partis " pour la globalisation. Certes quelques réformes viennent d’être lancées, mais nous faisons un pas dans le changement, quand les autres courent.

Que faire ?

Les universités sont dans un très mauvais état, et on ne peut pas les réformer car aussitôt un million d’étudiants défilent dans les rues...

Les Grandes Ecoles ont de nombreux atouts : une tradition de qualité (au même niveau que celle de Cambridge, par exemple), une tradition de sélection (parfois excessive). Mais elles ont aussi de sérieuses faiblesses : elles sont peu nombreuses, elles n’ont pas de vraie tradition de recherche. Surtout elles n’ont pas un poids suffisant pour l’international. Paritech en effet relève plus de l’ordre du consortium que de la cohérence d’une institution, celà résout le problème de la taille mais pas celui de la capacité de recherche et de formation des doctorants.

Les Grandes Ecoles françaises pourraient devenir des universités de premier rang au plan mondial en accroissant leurs effectifs, en développant la recherche et en se calant sur le modèle mondial. L’X ne devrait pas se limiter à 1500 élèves mais gérer 10 000 étudiants à l’instar des Business Schools. Parallèlement il faut libérer les universités classiques et leur permettre de se rapprocher du modèle des Grandes Ecoles en libérant leurs contraintes financières, leur seule alternative étant alors " couler ou survivre " en assurant une formation minimale.

Malheureusement cette réforme est impossible et l’on a imaginé des " usines à gaz " : les PRES (Pôles de Recherche et d’Enseignement Supérieur) sont des consortiums d’universités et de Grandes Ecoles. Au mieux les PRES feront de la coordination, or ce n’est pas le sujet. Il est absurde de fusionner les universités de Strasbourg, on crée certes un ensemble de 90 000 étudiants, mais c’est ingérable, les enseignants perdront leur temps à faire de l’administration et non de l’enseignement et de la recherche. Il faut :
- donner l’autonomie aux universités, leur donner le droit de se noyer ;
- ouvrir davantage les Grandes Ecoles et mieux organiser l’entrée dans l’université, en un mot mieux orienter en 1ère et 2ème année, alors qu’aujourd’hui l’orientation se fait " par ordinateur " ;
- faire vraiment de l’évaluation des établissements, alors qu’aujourd’hui le Conseil National de l’Evaluation ne cherche à faire de peine à personne ;
- internationaliser et donc développer les publications en anglais pour exister sur le marché international ;
- traiter le délabrement immobilier et le sous-équipement des bibliothèques sous peine d’aboutir à une provincialisation des universités françaises ;
- encourager nos jeunes chercheurs et enseignants à passer un an à l’étranger (un peu comme la FNEP l’a fait pour nous dans les années 70 mais sans élargir ensuite sa démarche), car le post-doc est aujourd’hui la voie royale, et à l’inverse, offrir des post-docs aux étudiants étrangers.

La réforme de 2007 a fait de bonnes choses, mais elle n’a concerné que l’administration et n’a pas vraiment traité ces 6 points. De plus cette réforme a fait une erreur majeure en donnant des pouvoirs excessifs aux présidents d’Université, notamment en matière de recrutement, alors que nulle part dans le monde le président ne peut, dans ce domaine, se passer d’une décision collégiale. Pour qu’une réforme réussisse, il faut plutôt multiplier les incitations positives et négatives et éviter de donner des ordres brutaux et d’être directif.

Le bilan global n’est guère optimiste mais heureusement quelques îlots émergent. Ainsi à Toulouse, Jean Tirole (2) a réussi à lever 33 millions d’euro via sa Fondation pour la Faculté de Sciences Economiques loin devant les fonds obtenus par Sciences Po. Parallèlement les étudiants français commencent à s’internationaliser, il y a donc quelques raisons de ne pas perdre tout espoir.

Questions/Réponses

L’échec lors des deux premières années de faculté ne résulte-t-il pas plutôt des lacunes de l’enseignement secondaire ?

C’est vrai que l’objectif de 80% de bacheliers, fixé par Chevènement est une absurdité et que cela a conduit à un abaissement regrettable de niveau des bacheliers, or il faut se rappeler que le baccalauréat français n’est pas un certificat de fin d’études secondaires mais un " droit d’entrée à l’université ".

Néanmoins il y a une propension française à favoriser la sélection par l’échec. C’est patent pour l’université, alors que dans les classes préparatoires on apprend à travailler même si parfois on frise le bachotage. Mais de même l’échec à une Grande Ecole est vécu comme un fardeau, alors que l’on ne rencontre pas ce sentiment d’échec dans le système américain qui anticipe au niveau de l’orientation. Ne pas être retenu pour Harvard ou le MIT ne crée le même traumatisme qu’un échec à L’Ecole Polytechnique.

Le système d’évaluation des étudiants de première année est injuste du fait des volumes à traiter, aussi bien pour les étudiants que pour les enseignants d’ailleurs. Il vaudrait mieux faire une sélection à l’entrée en faculté qui repose sur des éléments de compétences plutôt que l’actuel système qui est injuste. J’ai moi-même été amené à écrire à des candidats à l’entrée à l’université de droit avec un bac pro que ceci n’était pas raisonnable mais je leur indiquais d’autres voies possibles et je n’ai pas rencontré de contestation, au contraire. L’étudiant a besoin d’être " reconnu " comme individu avec ses compétences propres.

On a évoqué le marché international de l’enseignement supérieur, qu’en est-il des étudiants dans la mondialisation ?

Pour favoriser l’internationalisation des étudiants, l’Union européenne a mis en place Erasmus. En fait au plan de la formation intrinsèque Erasmus n’apporte rien à un étudiant, mais il lui apporte la connaissance d’un autre monde universitaire. Il est d’ailleurs symptomatique que la plupart des étudiants européens souhaitent aller au Royaume-Uni grâce à Erasmus mais que ce mouvement n’est pas symétrique. Les britanniques cherchent plutôt à aller aux Etats-Unis. L’international ne pose aucun problème aux Grandes Ecoles qui ont institutionnalisé un semestre à l’étranger. Si l’on y ajoute le programme Erasmus, ce sont 100 000 étudiants qui chaque année partent à l’étranger. Il faut aller encore plus loin dans cette voie.

La recherche à l’université ou dans les Grandes Ecoles ne peut-elle se développer pour " challenger " celle du CNRS ? Paritech ne peut-il devenir une référence en recherche ?

La plupart des gouvernements ont attaqué le CNRS. L’objectif est effectivement de remettre recherche et enseignement supérieur ensemble et de développer les synergies. Mais on doit constater que la recherche du CNRS, si l’on met à part les sciences sociales, est nettement supérieure à celle des universités. Cela vient du fait que le CNRS est habitué aux évaluations et qu’il est confronté à la concurrence internationale, alors que les universités ont eu tendance à les refuser dans le passé. Les derniers gouvernements tendent à transformer le CNRS en agence de moyens et on constate que aujourd’hui que la plupart des chercheurs du CNRS font de l’enseignement. Peut-être est-ce l’amorce d’une approche plus pragmatique de la collaboration CNRS/universités.

En ce qui concerne Paritech, c’est avant tout un label, c’est un progrès sur la situation antérieure des Grandes Ecoles, mais c’est un cautère sur une jambe de bois. On ne peut imaginer de fusionner les Grandes Ecoles qui ont des intérêts divergents, des domaines différents, on devrait plutôt chercher à les mettre sur la voie de l’expansion. Ainsi on pourrait imaginer que l’X devienne l’équivalent de la Polytechnique de Zurich avec ses 12 000 étudiants, au lieu des 1 500 actuels.

Avec l’attribution de la médaille Field cette année à deux français, ce sont maintenant six médaillés français pour seulement deux américains sur les 22 distingués depuis 1990. Par ailleurs, sur 200 conférenciers invités lors du dernier Congrès International des Mathématiciens, 26 sont issus de l’école française de la rue d’Ulm et travaillent dans 14 centres différents collaborant avec le CNRS. Ne peut-on imaginer de développer les partenariats Grandes Ecoles-CNRS ?

Les succès français en mathématiques montrent l’intérêt de la sélection, car la filière scientifique en secondaire est extrêmement sélective et valorise le travail intensif. Par contre ce n’est pas un bon exemple pour la recherche, car la recherche en mathématiques ne demande pas beaucoup de moyens, elle ne nécessite pas d’infrastructures lourdes.

En ce qui concerne les autres domaines, les insuffisances de moyens ne viennent pas de l’insuffisance de l’effort étatique, mais de la faiblesse de la contribution du privé :
- droits d’inscription en faculté ridiculement bas (250 euro);
- faible contribution des entreprises (pas de mécénat pour compléter la taxe d’apprentissage).

L’enseignement de la médecine, n’est-il pas un contre-exemple, d’une part en ce qui concerne la transmission des savoirs et ensuite avec l’excellence de la recherche française ?

Certes la part de transmission des savoirs en médecine passe par l’apprentissage par cœur, mais imagine-t-on de devenir médecin sans contact pratique avec des malades, donc avec les hôpitaux. La réussite française en médecine résulte de la réforme Debré de 1958/59 qui a permis d’avoir des médecins-enseignants. Il reste par contre à faire des progrès dans le domaine de la recherche.

Ainsi au Royaume-Uni, Wellcome a donné toute sa fortune en actions au Wellcome Trust, ce qui représente l’équivalent du budget de la recherche du ministère de la santé, mais qui est d’utilisation bien plus flexible.

Quel intérêt présente l’internationalisation pour l’Etat qui finance l’université ?

Si nous revenons à l’origine du mot université, nous trouvons l’universalité. Dans ce sens l’université de Corté est un non-sens. Par essence l’université a une vocation internationale, elle transcende l’Etat. Quel intérêt aurait-on à se priver des découvertes des autres pays?

Les français ont une très mauvaise connaissance de l’économie et au moment où vient de s’éteindre le seul Prix Nobel d’économie français Maurice Allais (2), sorti major de l’X, et qu’un de ses élèves, également polytechnicien a failli obtenir ce même prix, ne pensez-vous pas que plutôt que d’opposer Grandes Ecoles et universités, on pourrait développer les partenariats entre ces entités comme cela se fait avec le pôle de recherche Saclay-Orsay ?

Cela pourrait s’envisager, toutefois il faut d’abord améliorer le cadre de vie des personnes, qui est déplorable dans les universités françaises qui n’offrent même pas de bureau à leurs professeurs, sans parler des bibliothèques. Lors d’un congrès qui se déroulait en France, les professeurs indiens ou orientaux étaient surpris de la saleté des locaux de Villetaneuse. Ils ne comprenaient pas que l’on puisse manquer à ce point de respect pour le savoir.

Concernant les bibliothèques, Sciences Po qui a servi de modèle à la London School of Economics, a une bibliothèque de seulement 800 000 volumes, alors qu’à Londres les étudiants disposent de 3 millions de volumes, de même lorsque j’enseignai à Paris 2, j’avais accès à 3000 volumes, alors qu’en arrivant à Cornell, je trouvai 4,5 millions de volumes et en plus dans les pays anglo-saxons les livres sont en accès direct, et non pas en demande obligatoire, ce qui entraîne une notable perte d’énergie. Tout ceci montre l’importance de l’Institution.

A Florence, il n’y avait pas de distinction entre les salles à manger des professeurs, de l’administration ou des étudiants. Ainsi tout étudiant avait la possibilité de discuter tant avec les professeurs, qu’avec moi-même, président de l’université par exemple. Le cadre de vie est essentiel pour former de futurs cadres, chercheurs, dirigeants.

Est-ce que l’internationalisation ne passe pas également par des accords entre universités de différents pays ce qui permettrait de bénéficier des bienfaits des divers systèmes?

Le système anglo-saxon est meilleur pour la préparation à la vie, car il s’intéresse à la personne et pas seulement à l’accumulation des savoirs. A Cambridge et Oxford, les étudiants passent peu d’examens, par contre ils doivent régulièrement produire des " papers ". Ceci les oblige à faire des recherches et à se débrouiller pour trouver la bonne information, ce qui leur sera utile dans leur vie professionnelle mais aussi dans leur vie tout court. Quant aux réseaux internationaux d’universités, ils ont un coût non négligeable et servent, à mon avis, surtout à offrir des voyages aux signataires de ces accords institutionnels, qui bien souvent n’entrent jamais en vigueur au niveau des étudiants.

Les panglossiens aiment les voyages et certains ont pu découvrir dans la revue d’Air-France (3), votre amour des beaux jardins, vous avez d’ailleurs restauré les jardins de l’IUE, comment comptez-vous " cultiver votre jardin " maintenant que vous êtes à la retraite ?

J’ai pris ma retraite car je suis favorable à la limitation des mandats. Lorsque j’étais à Cornell, j’ai découvert que attirer les post-doc, il y avait trois points essentiels :
- la qualité de la bibliothèque,
- organiser l’environnement familial des post-doc, qui doit être formidable,
- prendre soin des détails, et les espaces verts en font partie.

Quant à ma retraite elle est déjà bien remplie et j’ai mes jardins secrets.
Gilles Levy et Jean-François Cuvier (MP 1975)
(1) La bibliographie d’Yves Meny est particulièrement riche, citons notamment :
- Le système politique français qui en est à sa 6ème édition, La Corruption de la République, Démocratie et corruption en Europe,
- Le Dictionnaire Constitutionnel avec Olivier Duhamel,
- Par le peuple, pour le peuple, Le populisme et les démocraties avec Yves Surel.
Il est membre de nombreux comités de rédaction, notamment de la revue Pouvoirs.

(2) Maurice Allais, sorti major de l’Ecole Polytechnique était le seul français à avoir reçu en 1988 le Prix Nobel d’économie, il était spécialiste de l’économie industrielle. Il a formé nombre d’ingénieurs des Mines. Parmi ses élèves on remarque Thierry de Montbrial et Jean Tirole. Ce dernier, médaille d’or du CNRS est le fondateur de l’Ecole d’économie de Toulouse. Le Club Pangloss tient à saluer la disparition de Maurice Allais.

(3) Au départ la FNEP s’appelait Fondation Elf-Air France.