DINER-DEBAT

avec

Monsieur Mathieu Le Roux

Ancien élève d’HEC, co-auteur de « 80 hommes pour changer le monde 
Mardi 13 décembre 2005 (reporté au 11 janvier 2006)
" Satisfaire les hommes, les actionnaires, les clients et l’environnement : c’est possible "
 
Imaginez un monde...
- Où une banque permet aux trois quarts de ses clients de se sortir de l'extrême pauvreté tout en étant parfaitement rentable...
- Où un hôpital soigne gratuitement deux patients sur trois et fait des bénéfices...
- Où les agriculteurs se passent de produits chimiques tout en augmentant leurs rendements...
- Où les emballages sont biodégradables et nourrissent la terre au lieu de la polluer...
- Où un entrepreneur de textile qui refuse les délocalisations parvient à doubler son chiffre d'affaires tout en payant ses employés deux fois le salaire minimum...
Ce monde existe.

Sylvain Darnil et Mathieu Le Roux l'ont exploré. Pendant quinze mois, ils ont parcouru la planète à la recherche de ces entrepreneurs exceptionnels. Qu'ils soient architecte, chirurgien, agriculteur ou chimiste, ils ont réinventé leur métier, brisé des préjugés économiques réputés indestructibles. Loin du fatalisme ambiant, ils réussissent à construire le monde auquel ils rêvent au lieu de subir celui qui existe. Ces 80 histoires d'hommes et de femmes prouvent que les initiatives de développement durable ne sont pas des lubies d'écolos babas mais des entreprises qui marchent.

Mathieu Le Roux est né en 1977 ; après HEC, il a travaillé au Brésil et aux États-Unis. Il est l’auteur, avec Sylvain Darnil, du livre « 80 hommes pour changer le Monde », fruit d’un périple dans trente huit pays où ils ont analysé cent treize initiatives d’entrepreneurs qui réussissent à gérer avec efficacité leur entreprise en sortant du prêt à penser économique.
Mathieu Le Roux a accepté de venir témoigner des enseignements à tirer de cette expérience et, à cette occasion dédicacera son livre.

Hôtel Bedford, Paris 8

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Compte-rendu

C’est l’histoire d’un itinéraire personnel qui a conduit deux jeunes diplômés à recenser, visiter, sélectionner les initiatives susceptibles de résoudre la quadrature du cercle indiquée ci-dessus.

Sylvain Darnil et Mathieu Le Roux ont écrit « 80 Hommes pour Changer le Monde » après ce périple de quinze mois, qui leur a permis d’étudier 530 initiatives et d’en visiter 113 dans 38 pays situés sur tous les continents. Ce voyage et ses préparatifs (5 mois à temps plein) ont été financés pour un tiers par le mécénat privé, un tiers par des bourses et subventions publiques, et un tiers sur apport personnel.

Tout commence par la rencontre de Mathieu et Sylvain, fraîchement arrivés à São Paulo pour des postes de coopérants dans de grandes entreprises. Et aussi par la lecture d’une biographie de Muhamad Yunus, le fondateur de la Grameen Bank, cette banque bangladaise pionnière du microcrédit. Autour d’un churrasco, Mathieu et Sylvain conçoivent le projet qui fera suite à leur service national : partir à la recherche des expériences susceptibles de changer les pratiques économiques du monde dans le sens du développement durable. br>
Au cours de la conférence, Mathieu a présenté une demi douzaine d’expériences de nature, maturité et notoriété très diverses.

L’idée de base est qu’au fond, sans révolution sociale ou politique, il est possible de faire tourner la terre autrement, de telle sorte que la richesse soit mieux répartie et l’environnement mieux préservé. Les expériences mises en exergue sont pour les auteurs de forts indices que « c’est possible » car ces expériences sont, disent-ils, reproductibles, transposables dans d’autres contextes et à des échelles très supérieures, de sorte qu’on peut en espérer un effet « macro » tout à fait appréciable.

L’exemple le plus emblématique est celui de Muhammad Yunus. Ce professeur d’économie crée la Grameen Bank en 1976 au Bangla Desh sur le concept de micro-crédit. Ou plutôt sur l’hypothèse qu’il est financièrement viable de prêter des petites sommes à des pauvres.

Trente ans plus tard, la preuve est plus qu’administrée : la Grameen Bank est la deuxième banque du BD (12 000 employés). Presque tous ses exercices ont été profitables, le taux de recouvrement atteint les 99%, et le fait est que 95% des clients sont des clientes. Au plan mondial, le micro-crédit et devenu une vraie réalité : un rapport récent de la Banque Mondiale indiquait que 500 millions de pauvres y ont accès (chiffre à rapporter aux 3 milliards de pauvres recensés par Banque Mondiale selon ses critères). Mais on note que son expansion est beaucoup plus forte en Asie qu’en Afrique ou en Amérique latine. Le microcrédit peut aussi s’épanouir dans les pays développés, comme le montre l’expérience de Maria Nowak en France.

Dans un autre registre, Mathieu a choisi de nous parler ensuite des cliniques ophtalmologiques du Dr Venkataswamy. « Dr V » a mis l’opération de la cataracte à la portée de toutes les bourses en industrialisant l’opération, en maîtrisant la fabrication – et donc le coût – des implants intra-oculaires, et aussi en faisant payer aux patients « riches » (35% de la clientèle) des tarifs normaux. Les cliniques du Dr V traitent 1 500 000 patients chaque année.

Le livre fourmille d’exemples touchant au respect de l’environnement : valorisation ou réduction des déchets, diminution de la consommation nécessaire de produits toxiques ou à longue durée de vie, utilisation économique de l’énergie et énergies nouvelles…. On peut citer l’exemple de Safechem, une filiale allemande de Dow Chemical qui « loue » ses solvants chlorés, ce qui, grâce au recyclage, en réduit la consommation à 8% de ce qu’il faudrait autrement.

On peut rattacher à cette famille d’innovations l’invention du « duck rice », l’élevage de canards dans les rizières permettant de supprimer l’usage d’engrais, d’augmenter les rendements et de diversifier les revenus du riziculteur. Le canard est un agent de lutte biologique et un émetteur d’engrais naturels. Le riz produit est « bio »…le canard aussi ! On est confondu devant la portée de l’innovation, qui ne fait que reprendre et améliorer une vieille tradition japonaise.

Les Etats-Unis sont un écoystème où s’épanouissent tout le monde, technologies nouvelles et business alternatif. Le Rocky Mountain Institute du très écouté Amory Lovins est un laboratoire d’idées d’où sont sortis des maisons consommant 10 fois moins d’énergie, un projet de voiture hyperlégère…Sur la mythique Route 128, Metabolix essaie de promouvoir les bioplastiques…

Que conclure ?

Les idées abondent, certaines réalisations sont impressionnantes. On pourrait distinguer des modèles bien différents en Asie, en Amérique du Nord, en Europe. Qu’est ce qui est généralisable ? Comment passer du micro au macro ? A quel rythme est-ce possible ? Comment transposer d’un contexte à un autre ? Les solutions alternatives sont-elles destinées …à le rester ?

Mathieu nous dit compter sur une logique de « reconnection », à l’œuvre selon lui chez les innovateurs rencontrés, et sur « l’alignement des valeurs et des compétences », qui pourrait logiquement être beaucoup plus fréquent.

Si le livre (80 Hommes Pour Changer le Monde, J.C.Lattès) n’évite pas les défauts d’une approche journalistique (assumée), il vous permettra de retrouver le questionnement stimulant de Mathieu et Sylvain. La masse si diverse des idées et pratiques présentées est génératrice de réflexions urgentes vu l’état de la planète.

Patrick Postal (MP 1976)