MINI-MISSION A L'ETRANGER
, Mai 2012
Place de la Jordanie au Moyen-Orient

Un destin particulier Ambassade de France Jerash Al-Quds Jordan Media Institute Père Hanna Kildani et sœur Noellie Pétra, Kérak, Mer Morte, mosaïques



photo n1 - 2012mai_2 photo n2 - 2012mai_2 photo n3 - 2012mai_2 photo n4 - 2012mai_2 photo n5 - 2012mai_2 photo n6 - 2012mai_2 photo n7 - 2012mai_2 photo n8 - 2012mai_2 photo n9 - 2012mai_2 photo n10 - 2012mai_2 photo n11 - 2012mai_2 Photos G. Berman & P-Y. Landouer   (pour agrandir une photo cliquer dessus)


Rencontre avec avec Madame Corinne Breuzé
Ambassadeur de France en Jordanie
Préambule

Madame l’ambassadeur Corinne Breuzé nous reçoit à l’ambassade de France, avec plusieurs personnalités dont des patrons locaux d’entreprises françaises, des conseillers de l’ambassade, dont le conseiller économique et social, le responsable de l’agence française de développement (AFD) en Jordanie, le proviseur du lycée français d’Amman, et l’archéologue Jacques Seigne, directeur de recherche au CNRS et responsable de l’institut français du Proche-Orient (IFPO) en Jordanie, qui nous fait visiter le lendemain le site de Jérash. Il y a 1500 expatriés français en Jordanie.

Présentation de Madame l’ambassadeur

Corinne Breuzé, ministre plénipotentiaire, diplômée de l’université de la Sorbonne en lettres et en arabe et diplômée de l’institut national des langues et civilisations orientales, est entrée au ministère des affaires étrangères en 1984.

près plusieurs missions en Libye, en Italie et au cabinet du ministre délégué aux affaires européennes, elle a notamment occupé les fonctions de conseillère culturelle scientifique et de coopération à Brasilia puis celles de sous-directrice de l’administration consulaire et de la protection des biens. De 2002 à 2005 elle était consul générale à Casablanca, avant d’être nommée ambassadeur extraordinaire et plénipoten-tiaire à Koweit.

Corinne Breuzé est devenue en 2007 conseillère diplomati-que de M. Brice Hortefeux au ministère de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du co-développement. Elle l’a suivi au ministère du travail, des relations sociales, de la famille, de la solidarité et de la ville, de janvier à juin 2009, puis au ministère de l’intérieur, de l’outre-mer et des collectivités locales, avant d’être nommée ambassadeur de France en Jordanie en mars 2011. Corinne Breuzé est chevalier de l‘ordre national du Mérite et chevalier de l’ordre national de la Légion d’Honneur.

Présence économique française en Jordanie

Au cours des années 2000, la France est devenue le premier investisseur étranger non arabe en Jordanie, avec 1,3 Md $ d’IDE en 2007, les premiers investisseurs étrangers étant le Koweït et l’Arabie Saoudite.

Une trentaine d’entreprises sont présentes en Jordanie, dont plusieurs grands groupes : Lafarge, France Telecom, Saint-Gobain, Accor, Air France, Société Générale, Suez, ADP, AREVA, Total, Carrefour. En 2006, France Telecom a augmenté de 40 à 51 % sa participation au capital de l’opérateur historique Jordan Telecom.

Le groupe Lafarge a racheté deux cimenteries jordaniennes pour 92 M$, dont l’une que nous avons visité près de la réserve de Dana. Saint-Gobain est présent avec sa filiale PAM, de fabrication et vente d’ensembles complets de canalisation en fonte ductile. Pour le float, Saint-Gobain rayonne dans le Moyen-Orient depuis sa grande usine de verre plat de Ain el Sokhna en Egypte, créée en novembre 2010 au bord de la mer rouge (investissement de 130 M€).

Carrefour est présent en Jordanie avec un hyper-marché à Amman, et six supermarchés Carrefour Market, dont cinq à Amman, qui, avec plus de 2 millions d’habitants, regroupe plus du tiers de la population jordanienne (6,5 millions).

La SGBJ (Société générale de banque Jordanie), filiale indirecte de la Société Générale, est la 16ème banque jordanienne (sur 23) en termes d’actifs, et la 8ème pour son réseau (dont onze agences à Amman et cinq à l’extérieur).

Les entreprises françaises ont également remporté plusieurs contrats dans les domaines liés à l’eau et à l’environnement : Suez, pour la construction d’une station de traitement des eaux usées de la ville d’Amman, sur financement américain pour un montant de 169 M$ en 2004, Degrémont pour une unité de dessalement d’eaux saumâtres pour 91 M$ en 2002, Aéroports de Paris pour la construction (450 M$) et la gestion en BOT (Build, Operate, Transfer) pendant 25 ans de l’aéroport d’Amman en 2007.

AREVA a signé en 2008 avec la JAEC (Jordan Atomic Ener-gy Commission) un accord minier portant sur l’exploitation des ressources en uranium de la région de Central Jordan, qui lui octroie les droits d’exploitation du gisement pour une durée de 25 ans. Une étude de faisabilité couvrant les aspects environnementaux, économiques et techniques de la future mine sera lancée et une partie de l'uranium servira au programme électronucléaire jordanien. Fin avril, AREVA, avec des partenaires japonais et russes (Mitsubishi Heavy Industries et Atomstroyexport) a été retenu pour la construction et l’exploitation de la première centrale nucléaire jordanienne (1000 MW) équipée de la nouvelle génération de réacteur nucléaire Atmea, et qui sera ouverte en 2019 pour couvrir 30% des besoins énergétiques en 2030.

Trois autres réacteurs devraient être construits dans le cadre du programme nucléaire jordanien, dont l’objectif est de faire passer la Jordanie de la place d’importatrice d’électricité à celle d’exportatrice. Toutefois plusieurs points fragilisent ce partenariat franco-jordanien et peuvent compromettre l’activité d’AREVA en Jordanie :
- la Jordanie n’a pas les moyens de financer la construction des deux premières centrales, qui ne sont en outre pas suffisantes pour couvrir tous les besoins énergétiques,
- es réserves d’uranium estimées sont inférieures de moitié à ce que les responsables de l’agence de l’industrie nucléaire jordanienne ont promis au roi de Jordanie,
- l’avenir politique et professionnel du responsable de l’agence de l’industrie nucléaire jordanienne est incertain.

Dans le domaine des finances publiques, la France a apporté son soutien à l’allégement de la dette extérieure jordanienne, par le rachat anticipé de créances portant sur une part substantielle de la dette auprès du club de Paris en 2007 et par le mécanisme bilatéral de conversion de dette en actifs, qui a contribué à accroître le niveau des investissements directs français dans des entreprises et projets jordaniens. Chaque année le budget de la Jordanie est déficitaire et les Etats occidentaux doivent abandonner leurs créances.

Mais pour le conseiller économique, l’enjeu est différent : la Jordanie dispose de la seule armée régionale capable de contrôler d’immenses frontières dans le désert et d’empêcher les infiltrations de terroristes venant d’Irak, de Syrie, voire de camps de réfugiés palestiniens installés en Jordanie. Et cette sécurité est inestimable pour les pays occidentaux et Israël.

Pour les échanges commerciaux, les ventes françaises ont progressé de 46,8% en 2008 alors que nos achats à la Jordanie diminuaient de 14,1%. Le solde de nos échanges reste donc largement excédentaire. En 2008, avec une part de marché relativement stable de 2,3% et 353 M€ d’exportations, la France est le 13ème fournisseur de la Jordanie, qui est notre 77ème client et notre 151ème fournisseur. En 2008, le montant de nos achats à la Jordanie s’est élevé à 13,1 M€, soit +400% en dix ans.

Place de la France dans la diplomatie régionale

La Jordanie est au cœur de la zone de tensions moyen-orientales, avec 1619 km de frontières avec la Syrie au nord, l'Irak au nord-est, l'Arabie saoudite à l'est et au sud, Israël et la Cisjordanie à l'ouest. Elle a un littoral de 26 km au sud, le long du golfe d'Aqaba et de la mer Morte, face à l’Egypte.

Conflit israélo-arabe, guerre d’Irak, printemps égyptien, insurrection syrienne, la Jordanie est au centre de la poudrière moyen-orientale, et reçoit régulièrement depuis des décennies, nombre de réfugiés des conflits locaux, palestiniens, irakiens et syriens. Terre d’accueil, oui, mais comment et jusqu’où, et avec quelle voix dans la résolution des conflits, et quelle position diplomatique de la France ?

Relancées par la visite à Paris du jeune roi Hussein en 1964, les relations franco-jordaniennes sont de grande qualité. Au cours de son long règne, le roi Hussein s’est rendu en France au moins deux fois par an. Quant à son fils, le roi Abdallah II, il a effectué sa première visite d’Etat dans notre pays quelques mois seulement après sa montée sur le trône en 1999, et y fait deux visites annuelles. Les échanges ministériels et parlementaires se sont multipliés.

Au plan politique, en 2008, les ministres des affaires étrangè-res ont signé un mémorandum de coopération renforcée, pour les intérêts stratégiques des deux pays. Les questions régionales font l’objet d’une large convergence. Au lende-main de la guerre des Six Jours (1967), la France et la Jordanie se sont retrouvées pour rechercher une solution équilibrée au conflit israélo-palestinien. L’importance à faire progresser le processus de paix au Moyen-Orient vers la création d’un État palestinien moderne, indépendant, démo-cratique et viable, vivant en paix et sécurité avec Israël, est rappelée régulièrement. Le règlement global du conflit arabo-israélien se fera conformément aux résolutions des Nations unies, aux principes de Madrid et à l’Initiative de Paix arabe.

Pour l’Irak, les deux pays soutiennent les efforts visant à la réconciliation nationale par un processus politique assurant la stabilité, l’unité et la sécurité de l’Irak. Les évolutions positives des relations bilatérales entre le Liban et la Syrie, attestées par l’établissement de relations diplomatiques, sont saluées. Il y a aussi accord sur une solution diplomatique sous couvert des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, aux tensions internationales liées aux initiatives iraniennes en matière de nucléaire militaire.

La Jordanie et la France sont également attachées au caractère central du rôle de l’Union européenne dans l’établissement de la paix au Moyen-Orient. Les deux pays sont engagés dans l’Union pour la Méditerranée et considèrent qu’elle peut constituer un dispositif efficace pour donner une nouvelle impulsion au processus de Barcelone et approfondir les relations stratégiques entre les partenaires de la région euro-méditerranéenne dans l’intérêt de la paix, de la sécurité, du développement et de la prospérité mutuelle.

La voix de la France est attentivement écoutée en Jordanie, comme partout au Moyen-Orient, sur les différents conflits nationaux ou internationaux, mais son écho demeure fondamentalement limité à son insertion dans l’UE, et sous la position des USA dans le cadre de l’ONU.

La Jordanie est une terre d’accueil historique de nombreux réfugiés : 300 000 palestiniens après la guerre des Six Jours, sur un total de 2 millions de réfugiés palestiniens, soit près d’un tiers de la population, puis des centaines de milliers d’irakiens depuis 2003, et des milliers de syriens depuis le début de la rébellion en mars 2011, avec une nette accélération du flux en 2012 (entre 30 et 80 000 en 2012 selon les sources). Même si la Jordanie ne leur demande pas de visa et les accueille pour des soins ou en scolarisant les enfants, et malgré l’appui des ONG, la capacité d’accueil jordanienne a des limites et tous ne peuvent être accueillis. Au nord du pays et à Amman, l’afflux de réfugiés syriens crée parfois des tensions avec la population, pourtant très hospitalière.

Présence culturelle française en Jordanie

Axe fort des relations franco-jordaniennes, la présence culturelle concerne de nombreux secteurs : enseignement du français, avec l’appui du ministère de l’éducation, organisa-tion de spectacles et de festivals par le Centre Culturel français d’Amman, et archéologie avec l’Institut français du Proche-Orient. Les services culturels de l’ambassade attachent une attention particulière à proposer des activités culturelles tant à Amman, qu’en province.

L’action culturelle vise un public très large qu’elle fidélise par des rendez-vous annuels : festival du cinéma franco-arabe, semaine d’Aqaba, semaine de la francophonie, expositions et spectacles.

Pour l’enseignement supérieur, l’ouverture récente d’un espace Campus France dans les locaux du Centre Culturel d’Amman vise à informer des possibilités d’études en France. L’ambassade propose chaque année des bourses d’étude. Les universités françaises sont également encouragées à développer des partenariats avec leurs homologues jordaniennes. Une coopération technique est menée dans deux domaines : justice et énergies nouvelles. 43 000 étudiants jordaniens apprennent le français. L’Institut Culturel Français, le lycée français d’Amman et l’Institut français du Proche-Orient permettent des collaborations avec des chercheurs et des archéologues jordaniens.

Aide française au développement en Jordanie

L’agence française de développement (AFD) a ouvert un bureau en Jordanie en 2006 et participe à hauteur de 400 M$ à des projets locaux. Un projet de développement régional et local, cofinancé par la Banque mondiale, a été approuvé par le Conseil de surveillance de l’AFD fin 2006, pour un montant de 20 M€, dont 15 M€ de prêt et 5 M€ de subvention. Deux concours régionaux ont été approuvés pour le financement des études de faisabilité et d’impact environnemental et social du projet de transfert d’eau de la mer Rouge à la mer Morte ; le projet est piloté par la Banque Mondiale avec 2 M€ de l’AFD et 1 M€ du Fonds Français pour l’Environnement Mondial (FFEM).

Pour former les ressources humaines qui porteront ces grands projets, un centre d’excellence a été créé lors de la visite du premier ministre François Fillon en février 2010 à Amman. Déjà, plus de dix futurs ingénieurs nucléaires jordaniens font leurs études en France. Un mastère de français a été créé en 2011 à l’université du Yarmouk.

Les interventions de l’AFD en Jordanie répondent à deux finalités : la gestion durable de l’environnement et des ressources en eau, et l’amélioration des conditions de vie des populations et la cohésion sociale.

Dans le premier secteur, l’eau est primordiale. La Jordanie est l’un des pays les plus mal dotés dans la région et toutes les ressources renouvelables sont déjà mobilisées. Le secteur est stratégique et prioritaire pour l’AFD, pour l’agriculture, l’eau potable et la valorisation des eaux usées retraitées.

Pour l’environnement, la Jordanie doit déjà faire face aux pollutions induites par l’activité industrielle et les industries extractives. La concentration des activités économiques et de la population rend le problème complexe et l’AFD envisage de financer des projets de dépollution industrielle.

En termes d’énergie la Jordanie, productrice de faibles quantités de gaz naturel et sans ressources pétrolières, est confrontée à une facture pétrolière insoutenable, avec l’envolée des prix des hydrocarbures et l’arrêt des livraisons à conditions préférentielles de l’Irak et de l’Arabie Saoudite. Pour amortir l’impact sur les entreprises et les ménages, le gouvernement jordanien souhaite mettre en œuvre une politique d’efficacité énergétique, et une conversion au gaz naturel, livré par l’Egypte à des conditions préférentielles.

L’amélioration des conditions de vie de la population, la cohésion sociale et la réduction des inégalités passent par un développement régional et local. Malgré un taux de croissance élevé et soutenu depuis quelques années, la Jordanie doit faire face à un accroissement des inégalités régionales et locales. Pour réduire les disparités économi-ques, le gouvernement souhaite mener une politique de développement local en renforçant le système municipal.

La micro-finance fait l’objet d’une priorité politique, pour réduire la pauvreté et le sous-emploi. L’AFD finance une ligne de crédit bancaire destinée au refinancement d’institutions de micro-finance. Une ouverture d’un crédit de 3 M€ a été signée avec la banque participante en 2008. L’appui au secteur privé se matérialise par une subvention d’1M€ pour le renforcement des capacités commerciales.
Thierry Courtiol (MP 1983)