MINI-MISSION A L'ETRANGER
, Mai 2012
Place de la Jordanie au Moyen-Orient

Un destin particulier Ambassade de France Jerash Al-Quds Jordan Media Institute Père Hanna Kildani et sœur Noellie Pétra, Kérak, Mer Morte, mosaïques



photo n1 - 2012mai_5 photo n2 - 2012mai_5 Photos G. Berman & P-Y. Landouer   (pour agrandir une photo cliquer dessus)


Entretien avec la princesse Rym Ali, au Jordan Media Institute – 16 mai 2012
La princesse Rym Ali, diplômée de l’université de Columbia, nous reçoit au siège du Jordan Media Institute (JMI), avec la doyenne, le Dr Abeer AlNajjar et le directeur des études, M. Yasar Durra. Elle a travaillé pour CNN, comme correspon-dante à Bagdad entre 2001 et 2004. Après avoir collaboré avec Dubaï TV, Bloomberg TV, Radio Monte Carlo Moyen Orient et United Press International, elle a rejoint la BBC. Elle a épousé le prince Ali Bin Al Hussein, cousin du roi, et a cessé ses activités de journaliste. Elle a été élevée au grade de chevalier de la Légion d’Honneur en 2011.

Le JMI est une infrastructure de qualité, tant pour l’écrit (bibliothèque, documentation, premières pages historiques), que pour l’audiovisuel (studios de radio, studios de télévision). Il a été fondé en 2008 par la princesse Rym Ali, et a pour vocation de former, en langue arabe, aux métiers du journalisme et des médias avec un haut degré de profession-nalisme. Deux promotions de 20 étudiants ont suivi le cursus.

La Jordanie est un pays jeune, passé sur une courte période d’une culture ancestrale à dominante nomade à une forme d’état moderne. Développer la liberté d’expression, faire émerger une presse pluraliste, utiliser les technologies numériques demandent du temps. De surcroît, le pays est soumis à des pressions extérieures diverses dans les domaines religieux, politiques et économiques.

Le JMI bénéficie de l’expérience de la princesse, originaire d’Algérie, avec une tradition très différente de la liberté d’expression de la presse. Il délivre une formation académi-que d’une année qui conduit au mastère, et une formation complémentaire de quatre à six semaines à laquelle les entreprises peuvent avoir recours dans le cadre de la formation continue.

En Jordanie, les filières d’excellence sont les écoles d’ingénieurs ou de médecine, puis de droit. Arrivent ensuite le journalisme, l’éducation et la religion. Les écoles de journalisme qui délivraient un enseignement de qualité à l’origine se sont banalisées en formant à la communication de masse. Les instituts de qualité sont soit très chers, soit enseignent en anglais. La particularité du JMI est d’enseigner en arabe, de faire bénéficier ses étudiants de bourses et de déroger à la règle en vigueur selon laquelle un mastère de journalisme n’est ouvert qu’aux licenciés en journalisme.

Le JMI sélectionne des étudiants en licences dans différents domaines (géographie, histoire, sciences politiques, écono-mie) et recrute par concours. Un niveau minimal d’anglais est requis. Un quart des 80 candidats est retenu. La première promotion était constituée uniquement de Jordaniens, mais la seconde incluait 7 Palestiniens et la promotion actuelle compte un Syrien et 3 Palestiniens. La parité homme-femme est globalement respectée, mais la plupart des femmes portent le voile, lié à une situation de pauvreté (la robe et le voile sont des « cache misère »), ou sur décision du père, ou par pression sociale ou religieuse. Les présentatrices de la télévision ne sont en général, elles, pas voilées.

Le cursus comprend un stage à l’étranger de trois à huit semaines et la moitié des cours ont lieu à sur le terrain. La scolarité est payante et coûte environ 20 000 $ par an, mais tous les étudiants bénéficient d’une bourse. Le JMI a le statut d’une ONG et bénéficie à ce titre de subventions publiques. Le JMI a des accords avec des universités étrangères. La quasi-totalité des étudiants sont recrutés à l’issue de leur formation. La télévision et la radio constituent le principal débouché (60%), puis la presse écrite (40%).

Les journaux en Jordanie

La presse écrite est en bonne santé financière du fait de la publicité. Cinq ou six grands titres occupent le paysage médiatique. Le prix moyen d’un quotidien est de 25 cents. L’information qu’ils diffusent n’est pas vraiment différenciée. Le contenu éditorial couvre principalement les événements intérieurs, les nouvelles internationales étant le plus souvent issues de dépêches d’agences de presse. La part consacrée aux faire-part et annonces va croissante.

L’image des journalistes n’est pas très bonne car ils sont souvent perçus comme inféodés au gouvernement. Très peu de journalistes écrivent sur la culture, l’art ou les sciences. De nouvelles tendances émergent, mais leur dimension culturelle reste pauvre.

Le numérique et l'audio-visuel

La téléphonie mobile couvre 100% de la population, les terminaux et les forfaits étant d’un coût très abordable. 20% des Jordaniens1 ont un accès Internet. Le développement des cafés Internet connaît par ailleurs un vif essor.

900 chaînes de télévision arabes sont accessibles par satellite. Du fait d’accords passés entre nombre de ces chaînes et les télécoms, celles-ci diffusent en permanence des SMS personnels en bas d’écran et sont de ce fait très populaires. L’engouement pour ces chaînes est aussi un révélateur d’une certaine jeunesse inactive.

La liberté d'expression

Le poids de la politique est important, la télévision de Jordanie étant un média au service du gouvernement et certains journaux jouant pratiquement un rôle de porte-parole. Par ailleurs il existe quatre ou cinq chaînes de télévisions privées qui diffusent des débats ou forums très ouverts, surtout depuis le printemps arabe. La radio jouit d’une très grande liberté d’expression. En revanche, les journaux ont un ton plus conformiste et leur timidité peut être liée à une certaine pression du pouvoir.

Internet autorise plus de liberté. Ainsi, un programme humoristique et satirique préparé par des jeunes filles est diffusé sur YouTube.

L’agenda national des réformes avait institué il y a sept ans un Haut Conseil des Medias en remplacement du ministère de l’information. Or, ce conseil était censé disparaître au bout de cinq ans. Aujourd’hui, c’est un ministre d’État, par ailleurs porte-parole du gouvernement, qui exerce la tutelle de l’information (avec un ministre des technologies de l’information et de la communication). Seuls 10% des journalistes font un travail d’analyse approfondie et de vulgarisation, avec très peu de reportages sur la santé ou les sciences. Il n’existe pas de magazine scientifique. De nombreux journalistes sont présents dans les medias d’autres pays arabes, surtout dans le Golfe, mais plus souvent à titre d’employés que de journalistes.

Dans les cinq années à venir, la Jordanie aura à faire face à beaucoup de changements dont les jeunes seront de plus en plus acteurs. Ainsi, il paraît essentiel de les former à l’objectivité et à l’honnêteté dans l’information. La langue arabe classique est utilisée dans l’administration et à l’école. Le journalisme utilise un arabe moderne.
Jean-Pierre Souzy (MP 1985)